Quelles tendances achats en 2022 dans ce contexte inédit d’approvisionnements ?

En ce début d’année 2022, l’association CNA (Conseil National des Achats) et le cabinet AgileBuyer ont partagé les résultats de leur étude concernant les tendances des Achats pour les mois à venir. Le sondage a été mené par un questionnaire en ligne qui a comptabilisé 893 réponses de professionnels du métier :  37% des répondants occupent la fonction de Responsable Achats et 31% celle de Directeur Achats.  

Nous vous proposons ici un résumé des statistiques qui ressortent autour de quatre thématiques fortes :

  • Les pénuries, un facteur de relocalisation
  • Le Made in France
  • Objectif de réduction des coûts, une baisse historique
  • Les relations fournisseurs

Un choix de relocalisation en Europe et en France beaucoup plus présent

Les pénuries, un facteur de relocalisation

Aujourd’hui, 68% des Directions Achats sont confrontées à des pénuries dans leurs approvisionnements, principalement dans les secteurs de l’automobile (83%), la mécanique (86%) et la distribution (83%). Ces pénuries impactent fortement les marges des entreprises selon 65% de l’échantillon interrogé. Cependant, pour 91% des répondants la cause reste « conjoncturelle », ce qui sera favorable dès la reprise économique.

« Chez Microsoft, dans le hardware nous avons été doublement impacté, à la fois en tant que constructeur (Surface, Xbox) qu’en tant que client, ce qui a nécessité de réviser nos plans marketing auprès des grands distributeurs »

Olivier Joseph, directeur achats France chez Microsoft

Malgré cette crise qui a impacté la plupart des volumes d’achats, 69% des répondants ont retrouvé le même volume d’achats qu’avant-crise. Néanmoins, on constate tout de même de grosses disparités selon les secteurs : dans l’Automobile et l’Aéronautique par exemple, ils sont seulement 50%.

Face à cette situation de crise des approvisionnements, 47% des Directions Achats vont adopter une stratégie de relocalisation en 2022, soit 17 points de plus que l’année dernière et 31 points de plus qu’en 2020 ! Ces projets de relocalisation des achats concernent d’abord l’Europe à 80%, et plus précisément la France à 72%.

Le Made in France

Suite à la crise du covid-19, cette année 61% des directions achats souhaitent faire du Made in France un de leurs critères d’attribution business contre 47% en 2021. Cette évolution s’explique par leur volonté d’améliorer la réactivité des fournisseurs grâce à la proximité. Le Made in France permettrait également de baisser les frais de transports tout en diminuant le bilan carbone.

Cependant, certains freins à l’achat de produits français restent une réalité : notamment le coût élevé (pour 13% des répondants) ou l’impossibilité de trouver certains produits sur le marché local (pour 30% d’entre-eux).

Un objectif premier de sécurisation des approvisionnements

Les relations fournisseurs

En conséquence de cette situation extrêmement tendue : des relations défavorables avec certains fournisseurs pour 82% des Directions Achats en 2022, par rapport à 39% l’année précédente. Chaque secteur est touché par ce déséquilibre. Cette hausse s’explique principalement par l’augmentation des prix (pour 97% des répondants) ainsi que la menace de rupture d’approvisionnements (pour 83% d’entre-eux). Les délais de livraison sont également pointés du doigts puisque 79% des Services Achats rencontrent ou pensent rencontrer des difficultés de livraison avec leurs fournisseurs stratégiques.

« Établir des relations équilibrées soutenues dans la durée est un concept qui nécessite un engagement des 2 parties signataires du contrat. La mise en valeur de ce socle ne doit pas être soutenue par opportunisme mais seulement par conviction et engagement dans la qualité de la relation. L’année 2020 a montré que le donneur d’ordre pouvait être important dans la relation équilibrée. L’année 2021, avec la pénurie, met en évidence que le fournisseur peut être en position dominante et le souvenir de l’année 2020 peut permettre un meilleur équilibre, quand des actions concrètes ont été mises en œuvre.

Bertrand Pouilloux, directeur des achats d’Enedis

Objectif de réduction des coûts, une baisse historique

55% des Directions Achats ont un objectif de réduction des coûts pour cette année. Ce pourcentage est historiquement le plus bas depuis 2013 et il perd 22 points par rapport à l’année dernière. En effet, en cette période de grande tension sur les approvisionnements, les objectifs restent centrés sur la gestion des risques fournisseurs. 82% des répondant affirment qu’ils vont mettre en place des actions de sécurisation des approvisionnements. C’est autant qu’en Mai 2020, au cœur des premiers mois de crises et d’incertitudes.

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L’étude sur les tendances achats 2022 le confirme : la crise débutée il y a déjà 2 ans est encore loin de s’achever pour les services Achats. Ils doivent sans cesse s’adapter aux contraintes que leur impose cette situation inédite et ils continuent leur stratégie de sécurisation sur les grands risques fournisseurs. Les intentions de relocalisation ne cessent d’augmenter de manière significatives puisqu’elles sont passées de 16% juste avant la crise, à 47% pour cette année. Même si la raison première reste la sécurisation des approvisionnements, cette proximité s’encre également dans une stratégie plus large d’amélioration de la réactivité, de réduction de l’empreinte carbone, de diminution du coût du transport et de rééquilibrage de la relation fournisseur.